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Projet 2008
La Retraite de Corneille
12 au 22 novembre 2008
Résumé du spectacle

Visuel
Le visuel du prochain spectacle de Novembre :
Affiche

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La Trovppe de Tovs les Plaisirs
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Projets pour le futur

Le cadre historique de La retraite de Corneille

Fin 1651, Corneille fait représenter Pertharite, roi des Lombards, sa 22ème pièce. C’est un échec cuisant : la pièce tombe dès la deuxième représentation ! Mortifié, Corneille décide d’abandonner définitivement le théâtre et de se retirer à Rouen. « La mauvaise réception que le public a faite à cet ouvrage, écrit-il, m’avertit qu’il est temps que je sonne la retraite. Il vaut mieux que je prenne congé de moi-même que d’attendre qu’on me le donne tout à fait, et il est juste qu’après vingt années de travail je commence à m’apercevoir que je deviens trop vieux pour être à la mode ». Il a 46 ans… Et pendant sept années, il va se tenir éloigné de la scène parisienne.

Corneille
Portrait de Corneille

A Rouen , il mène la vie d’un bon bourgeois provincial, entre sa femme, ses enfants, sa mère et son jeune frère Thomas qui habite la maison d’à côté et qui a pris la relève de son illustre aîné avec quelques comédies imitées de l’espagnol. Il fait quelques enfants supplémentaires à sa femme, tient les comptes de sa paroisse, achète des livres d’occasion (dont un Dante en italien), écrit (de moins en moins) quelques vers de circonstances, entretient une correspondance de plus en plus lâche avec de rares amis, fait ses dévotions pour Pâques et donne un drap mortuaire à son église…

Mais avant tout, il se lance à corps perdu dans sa traduction (à vrai dire une paraphrase en vers) de L’Imitation de Jésus Christ dont un premier volume contenant les 20 premiers chapitres était paru avec grand succès à l’automne 1651. Et pendant trois ans, avec une belle constance, il ne va faire que cela. En tout, quelques 10 000 vers ! Souvent laborieux et alambiqués, parfois fulgurants. Comment ne pas voir cependant dans cet exercice long et pénible (de l’avis de l’intéresssé lui-même) une manière de pénitence, d’auto-flagellation poétique ? L’alexandrin et la rime croisée comme substituts à la haire et à la discipline ! Mais aussi un moyen d’oublier, de trouver paix et consolation, de se réconcilier avec Dieu et lui-même. Et partant, avec le théâtre.

Imitation
Imitation
Imitation
Imitation
Clichés de l’Imitation de Jésus Christ ( traduction de Pierre Corneille – édition originale )

Car une fois délivré de ce vieux pensum, il est significatif de le voir se pencher à nouveau sur son théâtre. Il entreprend en effet de réviser toutes ses pièces, surtout ses comédies de jeunesse, pour les mettre au goût du jour (c'est-à-dire celui des salons précieux), se livrant alors à un étrange et pathétique toilettage linguistique. Mais surtout, il fait précéder chaque pièce de cette édition mémorable de 1656 d’un « Examen » où il indique, avec le recul du temps, les conditions de création de chacune de ses œuvres, ses motivations d’auteur, ses choix artistiques, la fortune de chaque pièce… Disséquant minutieusement comédies et tragédies avec un curieux mélange de fierté et d’humilité, mais aussi une impitoyabe lucidité. En relevant les qualités. En débusquant les défauts. Extraordinaire leçon d’anatomie théâtrale !

Par ailleurs, pour répondre à l’abbé d’Aubignac, intransigeant théoricien de l’art dramatique (dont la Pratique du Théâtre est parue en 1658), il entame, en homme de terrain, une réflexion sans précédent sur le théâtre et son métier d’auteur. Réflexions qui aboutiront à la rédaction des trois Discours sur l’art dramatique qui ouvriront chacun des volumes de l’édition de 1660. Un évènement. Jamais à ce jour en effet un auteur dramatique n’avait produit un corpus d’écrits théoriques d’une telle ampleur, d’une telle élaboration et d’une telle profondeur. Il faudra attendre longtemps avant qu’un écrivain de théâtre se risque à nouveau à ce type d’exercice !

Corneille aurait pu continuer ainsi une carrière paisible de poète chrétien et de dramaturge à la retraite. Mais trois évènements successifs (outre les attaques déguisées de l’abbé d’Aubignac et autres policiers du théâtre) vont en décider autrement et ramener notre auteur aux démons de la scène.

D’abord le triomphe en 1656 de Timocrate, tragédie de son jeune frère Thomas, le plus grand succès théâtral du siècle, bien plus que le Cid qui, pourtant, en son temps, avait été un immense succès ! Difficile de croire que le vieux Corneille, après l’échec de Pertharite, ait été insensible à cette réussite sans précédent…

Ensuite l’arrivée à Rouen, après Pâques 1658, de la troupe de Molière. Molière qui n’a encore quasiment rien écrit mais est un chef de troupe célèbre et dont la troupe passe pour être la meilleure de province (quelques mois plus tard, en octobre, elle s’installera définitivement à Paris et la grande aventure molièresque commencera..).Et Molière joue Corneille… Difficile, là aussi, de croire que le vieil auteur ait été insensible à la représentation de ses targédies. Voir qu’après tant d’années ses pièces avaient toujours du succès, qu’on ne l’avait pas oublié, qu’il était toujours le plus grand auteur dramatique vivant. D’autant que Molière, à l’époque, ne dissimulait pas son admiration pour son illustre aîné. Par ailleurs, la fréquentation des comédiens de Molière (dont la célèbre Marquise, objet de quelques sonnets galants des frères Corneille) semble lui avoir donné une seconde jeunesse…

Enfin, en 1659, les sollicitations empressées (et qui plus est, sonnantes et trébuchantes) du surintendant Fouquet qui lui commande une tragédie sur le sujet de son choix. Le démon du théâtre le reprend. En quelques semaines, il trousse une tragédie avec fougue (« Je prends mes cheveux gris pour une illusion, ecrit-il, je sens le même feu, je sens la même audace qui fit plaindre le Cid, qui fit combatte Horace et je me trouve encor la main qui crayonna l’âme du grand pmpée et l’esprit de Cinna »). Cette tragédie, c’est Œdipe, pièce bien oubliée aujourd’hui. Mais c’est un succès et, à 53 ans, Corneille entame une nouvelle carrière dramatique. La parenthèse rouennaise prend fin.

Frontispice de la pièce Œdipe
Frontispice de la pièce Œdipe ( écrite par Corneille en 1659)

C’est cette parenthèse que le présent spectacle entend restituer. A travers les textes méconnus que Corneille nous a laissés de cette période singulière (sa traduction de l’Imitation, ses lettres, ses poèmes, ses Examens, ses Discours) ou que les érudits ont dénichés (documents d’archives) et quelques textes de contemporains. Textes qui disent la vieillesse, la maladie, la mort. Qui disent la réussite et l’échec, la grandeur et la médiocrité, l’amour et la solitude, l’art et la vie, Dieu et l’homme, ces thèmes banals et entêtés qui sont la matière des chefs-d’œuvre. Qui disent surtout le théâtre, même par omission. Car finalement c’est bien de ça qu’il s’agit ici.

Le texte de La Retraite de Corneille

Tous les textes sont donc extraits d’écrits de Corneille et de contemporains sans aucune réécriture. Ils ont été parfois abrégés et les coupures sont indiquées par (…). Pour des besoins de compréhension, il a, quelques rares fois, été nécessaire d’ajouter ou de changer quelques mots : ils sont toujours indiqués entre parenthèses pour que l’on sache bien qu’ils ne sont pas de l’auteur.

Le montage comporte 44 tableaux. Le titre de chaque tableau est annoncé par un musicien (gambiste ou luthiste) après une courte pièce d’introduction musicale. Un peu à la manière de Marin Marais dans son Opération de la taille.

La scénographie de La Retraite de Corneille

La scène est divisée en deux compartiments cour et jardin, séparés par un rideau noir fendu pour permettre à l’acteur de passer de l’un à l’autre . Les tableaux se déroulent alternativement dans l’un, puis dans l’autre compartiment. Un rideau de scène, noir lui aussi et manœuvré à vue manuellement, cache et dévoile tour à tour chaun des deux compartiments.

Pendant qu’un tableau se déroule dans un compartiment, l’autre, dissimulé par le rideau de scène coulissant est débarrassé des éléments de décor et des accessoires du tableau précédent et on y installe ceux du prochain.

Il n’y a pas de décor à proprement parler : seulement quelques petites pièces de mobilier (table, fauteuil…) et quelques objets (livres, miroir, cruche…) qui varient en fonction de chaque tableau.

Chaque compartiment, entièrement obscurci, fonctionne comme une chambre optique, une « camera obscura ». Seuls sont éclairés, comme chez les caravagesques ou chez La Tour, le personnage central et son entourage immédiat, les fonds restant obscurs.

La lumière doit être le plus souvent « naturelle » (bougie, lanterne…) et l’éclairage électrique ne venant que renforcer cette source lumineuse souvent (mais pas systématiquement) visible.

Tableau
Tableau
2 clichés du peintre Georges de La Tour : détail du tableau de Marie Madeleine et Saint Jérôme lisant
( musée du Prado – Madrid).


Comme on l’a dit précédemment, un musicien, à l’avant-scène, jouera une courte pièce et présentera le tableau suivant, ceci pendant la manœuvre du rideau, les petits changements de costume du comédien et son installation.

Il va de soi que le côté à la fois intimiste et pictural de ce spectacle doit être respecté en présentant La Retraite de Corneille dans une salle qui ne soit pas trop grande et parfaitement obscurcissable.

Autour de La Retraite de Corneille

Deux séries de prestations pourraient accompagner cette création :
  • Dans la lignée de feu « Café Baroque » (ces lectures qui avaient lieu chaque samedi au Théâtre de la Cuvette et qui permettaient de découvrir des textes oubliés de dramaturges méconnus), nous pourrions envisager des lectures d’œuvres dramatiques de la même période, c’est à dire, grossièrement, de la décennie 1650-1660. Cette période est théâtralement parlant une période de transition. Les dramaturges baroques des années 1630 -1640 sont morts ou ont abandonné le théâtre. Aussi lorsque Corneille tire sa révérence est-ce bien la fin d’une époque. Et surtout les goûts du public changent : la mode est désormais au burlesque (Scarron domine la scène française) et à la préciosité (Quinault et Thomas Corneille s’imposent). Nous pourrions donc établir un programme qui serait le reflet de cette très riche période charnière.
  • Et dans le cadre de notre atelier théâtre de l’Université de Nancy II, intitulé « comment jouer le théâtre classique », choisir deux ou trois auteurs-phares de la même période et les travailler en profondeur, à la lumière de cette retraite de Monsieur Corneille l’Aîné.


Les représentations de La retraite de Corneille

Le tableau 41 de La Retraite de Corneille met en scène Corneille taillant une plante en pot. Les didascalies du tableau 42 sont les suivantes : Corneille devant un miroir – il lève un verre – il est éclairé comme par une fenêtre ouverte – on entend les oiseaux chanter . Et le suivant place Corneille sous un pommier avant l’apothéose : Corneille retrouvant son théâtre. Il n’y a donc aucun doute : ce spectacle ne peut que se dérouler au printemps 2008 afin que La Trovppe de Tovs les Plaisirs et son fondateur puissent sereinement jouer cette renaissance…
Réalisé par Altéas - Style provenant de kitgrafik (par yassineb).

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